23 août 2007 :
(extrait de
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1165.htm )
Des ciseaux innovants
pour couper les molécules
Faire
de l'ammoniac nécessite de couper l'une des plus
fortes liaisons chimiques connues : la triple
liaison qui relie les deux atomes d'azote dans la
molécule de diazote (N2). Les catalyseurs qui
accomplissent cette coupure impliquent toujours
plusieurs centres métalliques. Les chimistes du CNRS
(1) ont observé un autre mécanisme de clivage, qui
repose sur un seul centre métallique. Ils
élargissent ainsi le champ de leur recherche, qui
avait déjà permis d'activer d'autres molécules peu
réactives comme le méthane, annonçant des débouchés
dans le domaine des énergies nouvelles et de
l'environnement durable. Ce travail est publié dans
la revue Science du 24 août 2007.

La
molécule de diazote (N2) est la plus
répandue dans l'atmosphère, dont elle représente
environ 80 pour cent. Les chimistes s'intéressent de
près à l'élément azote, car il est présent dans
plusieurs produits industriels, au premier rang
desquels figurent les engrais, à base d'ammoniac (NH3).
La synthèse d'ammoniac à partir d'azote moléculaire
constitue un enjeu économique et écologique très
important.
Jusqu'à présent, pour casser la triple liaison qui
lie les deux atomes d'azote dans la molécule de
diazote (N2), le seul procédé utilisé est
le procédé Haber-Bosch. Il s'agit d'un procédé de
catalyse hétérogène par des solides : la plupart des
réactions de l'industrie chimique emploient des
catalyseurs, dits «hétérogènes », quand ils ne sont
pas dans le même état que les réactifs ou les
produits (par exemple, s'ils sont solides quand les
réactifs et produits sont gazeux) ; ils ne se
mélangent pas aux produits de la réaction et peuvent
être réutilisés. Dans le procédé Haber-Bosch, le
mécanisme qui permet de couper la molécule de
diazote implique l'intervention de plusieurs métaux
pour dissocier les deux atomes d'azote. Employé pour
produire 100 millions de tonnes par an d'ammoniac
dans le monde, il est aussi très gourmand en
énergie, puisque il consomme un pour cent de la
production mondiale d'énergie.
Pour la première fois, les chimistes lyonnais ont
réussi à dissocier la molécule d'azote sur un
seul centre métallique au lieu de plusieurs
nécessaires dans le procédé actuel. Il s'agit d'un
atome de tantale, très pauvre en électrons, lié à la
surface d'une silice par deux liaisons SiO-Ta selon
un processus très original. La synthèse de ce type
de catalyseurs extrêmement réactifs est le résultat
de longues années de recherches en chimie
organométallique de surface. Cette discipline a déjà
permis de réaliser de nouvelles réactions
catalytiques sur d'autres molécules très difficiles
à activer, tels le méthane (CH4) et les
alcanes (hydrocarbures saturés). Notamment, les
chimistes lyonnais ont réussi a dépolymériser le
polyéthylène, afin de le recycler par exemple. Ils
ont également utilisé le méthane pour construire
des alcanes plus longs (à plusieurs atomes de
carbone), pressentis comme l'une des énergies
nouvelles de demain. Cette découverte élargit le
champ d'application de la chimie organométallique
de surface aux produits azotés et aux enjeux
industriels et sociétaux qu'ils représentent.
Notes :
(1) Laboratoire Chimie, catalyse, polymères
et procédés (CNRS/ Université Lyon 1/ Ecole
supérieure de chimie physique électronique de
Lyon)
Laboratoire de chimie (CNRS/ ENS Lyon)
Institut Charles Gerhardt (CNRS/Université
Montpellier 2/Ecole nationale supérieure de
chimie de Montpellier)
Références :
Dinitrogen Dissociation on an isolated
Surface Tantalum Atom, P. Avenier et al.,
Science, 24 août 2007.